Eros y muerte

photo Eros y muerte

Fascinée par la structure du « Thrène », ce chant que les femmes de Crète ou d’Épire improvisent sur des vers admirables, pour raconter la vie des défunts, j’ai eu la certitude que cette forme musicale et poétique prenait ses racines dans la tragédie grecque; et qu’à travers ce chant, où même l’humour a sa place, c’est la vie, encore et toujours qui triomphe.

C’est à partir de là que j’ai eu envie de raconter une histoire, en tissant une toile qui mêlerait des textes de mes auteurs français favoris avec ceux des auteurs de mon pays, pour faire écho à ces chants.

Et lorsque j’ai pris la décision de mélanger des chansons en trois différentes langues dans cet album, je savais que je prenais le risque que celui-ci ne paraisse hétéroclite. Mais au fur et à mesure que j’avançais dans le travail de composition, je m’apercevais qu’un dialogue secret se mettait à exister entre les auteurs : c’est comme si Pablo Neruda arrivait à consoler le profond chagrin de Kostis Palamas grâce à ses lumineux sonnets d’amour, et qu’Anna de Noailles, en s’appuyant si bien et si fort à la vie, réussissait enfin à laisser l’empreinte de son coeur innombrable sur cette noire Journée d’Avril de Kostas Karyotakis.

Eros y Muerte… Amour et Mort… l’un comme l’autre nous rendent indociles, nous réinvestissent dans notre capacité de résistance aux conventions, et nous rendent ainsi plus libres.

Angélique Ionatos