Marie des Brumes

marie des brumes

Une musique savante et sauvage

Son poète préféré est l’un des tout premiers écrivains de son pays, Odysseus Elytis. Angélique Ionatos a composé une sorte de cantate, de pièce lyri­que théâtrale d’après un long poème dialogué d’Elytis : « Marie des Brumes ». Une femme s’exprime, cette Marie qui conteste l’ordre éta­bli. Un homme lui répond, le poète. Un grand chant grec à deux voix.
Marie des Brumes », dit-elle, est un des livres qui m’ont le plus touchée. Je m’y recon­nais, non seulement dans la poésie, mais également dans ce qu’Elytis fait di­re à Marie des Brumes. Qui est une jeune femme d’aujourd’hui. Qui parle un langage contemporain. Il semble que ce texte fasse appel à ma génération. L’œuvre est profondément moderne et, contrairement à ce qui se produit chez d’autres grands poètes, le langage d’Elytis évolue.  

Envoûtante, magique, gran­diose … «. Les superlatifs enthous­iastes n’ont pas manqué dans toute la presse pour saluer la dernière création d’Angélique Ionatos. La richesse de ce spectacle tient aux rencontres explosives qu’Angélique Ionatos a su provoquer, rencontre inévitable d’abord entre la poésie d’Odysseus Elytis, le René Char crétois, Prix Nobel de littérature en 79, et la musique qu’elle compose. Inévitable au vu de l’extrême musicalité de la langue d’Elytis, des modulations du rythme et de son obsession pour les paysages marins et lumineux. La rencontre aussi de talents aux horizons différents mais aux passions communes : la poésie, la musique et la Grèce dont ils sont tous trois natifs. Et si l’association entre une chanteuse de « variétés », un baryton appréciant Xénakis et Cage, (Spyros Sakkas), et un chef d’orchestre « classique » de tradi­tion et sensible de nature (Alexandre Myrat), avait pu intriguer plus d’un, leurs passions ont fait naître l’évidence. « Marie des Brumes » a emporté l’adhésion d’un public de plus en plus large au fur et à mesure de ses tournées en France.S’y rendent aussi bien des fous d’Opéra, « séduits par ce trio para­doxal », et bouleversés à la sortie de leur prestation, que des jeunes qui n’ont « jamais entendu parler d’Elytis » mais qui veulent « enten­dre quelque chose de grand » … Et questions émotions, ils seront ser­vis. L’intelligence et le talent d’Angélique Ionatos aura été de dépoussiérer une image folklorique et antique de la Grèce pour la rendre à son mouvement, à ses humeurs et sa modernité.  Vincent TARDIEU

Elytis et la France
Les écrits d’Odysseus Elytis ont été largement diffusés à l’étranger, Italie, Espagne, Allemagne, Suède, Etats-Unis. En revanche, bien que le poète ait traduit en grec Eluard, Jouve et Lautréamont, qu’il ait été l’ami des surréalistes, de Picasso, de Matisse et que la France ait été son pays de prédilection, l’attribution du Prix Nobel de littérature, en 1979, à son œuvre, a pris les français au dépourvu. Les premiers poèmes d’Elytis avaient pourtant paru en français dès 1940, mais il faudra attendre la traduction de « Marie des brumes » en 1982 et de « Axion Esti » en 1987 pour qu’Elytis commence à être remarqué. Né en Crête en 1911, Odysseus Elytis passe toute son enfance entre Athènes et les îles de la mer Egée, territoire qui se retrouve au cœur de sa poésie. Mais celle-ci ne décrit aucun paysage particulier. Le poète transforme les éléments auxquels il est confronté. Il sait que son élément demeure le langage. Ainsi, quand le vers « comme langue on m’a donné le parler grec » résonne dans « Axion Esti », c’est le sol même sur lequel le poète est établi qui retentit. Son travail commence avec cette langue, son labeur et son souci.